21 leçons pour le 21ème siècle
Après Sapiens qui explorait le passé de notre humanité et Homo deus la piste d'un avenir gouverné par l'intelligence artificielle, 21 leçons pour le su siècle nous confronte aux grands défis contemporains.
Pourquoi la démocratie libérale est-elle en crise ? Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle guerre mondiale ? Que faire devant l'épidémie de fake news ? Quelle civilisation domine le monde : l'Occident, la Chine ou l'Islam ? Que pouvons-nous faire face au terrorisme ? Que devons-nous enseigner à nos enfants ?
Avec l'intelligence, la perspicacité et la clarté qui ont fait le succès mondial de ses deux précédents livres, Yuval Noah Harari décrypte le XXᵉ siècle sous tous ses aspects-politique, social, technologique, environnemental, religieux, existentiel… Un siècle de mutations dont nous sommes les acteurs et auquel, si nous le voulons réellement, nous pouvons encore redonner sens par notre engagement. Car si le futur de l'humanité se décide sans nous, nos enfants n'échapperont pas à ses conséquences.
"21 leçons pour le 21e siècle" est un ouvrage stimulant et éclairant qui nous pousse à réfléchir aux défis fondamentaux de notre époque et à envisager des solutions innovantes pour construire un avenir meilleur. Harari nous invite à sortir de notre zone de confort, à remettre en question nos certitudes et à nous engager activement dans le façonnement du monde de demain. L'avenir de l'humanité, selon lui, dépendra de notre capacité à relever ces défis avec lucidité, courage et humilité.
Résumé
Ignorance :
De même que la rationalité, l'individualité aussi est un mythe. Les humains pensent rarement par eux-mêmes. Nous pensons plutôt en groupes. Tout comme il faut une tribu pour élever un enfant, il faut également une tribu pour inventer un outil, résoudre un conflit ou guérir une maladie. Aucun individu n'a toutes les connaissances nécessaires pour bâtir une cathédrale ou fabriquer une bombe atomique ou un avion. Ce qui a donné à Homo sapiens l'avantage sur les autres animaux et a fait de nous les maîtres de la planète, ce n'est pas notre rationalité individuelle, mais notre capacité sans parallèle de penser ensemble en vastes groupes.
Justice :
Même si nous le souhaitions vraiment, nous sommes pour la plupart incapables de comprendre les grands problèmes moraux du monde. Les gens peuvent appréhender les relations entre deux ou vingt chasseurs-cueilleurs, ou entre deux clans voisins. Ils ne sont pas armés pour appréhender les relations entre plusieurs millions de Syriens, entre 500 millions d'Européens ou entre tous les groupes et sous-groupes imbriqués de la planète.
Pour essayer de comprendre et juger les dilemmes moraux de cette ampleur, les gens choisissent souvent parmi quatre méthodes.
La première consiste à réduire le problème : à aborder la guerre civile en Syrie comme si elle opposait deux chasseurs- cueilleurs, à imaginer le régime d'Assad comme une personne seule face aux rebelles, eux aussi appréhendés comme une autre personne, l'une mauvaise, l'autre bonne. Une intrigue claire et simple remplace alors la complexité historique du conflit.
La deuxième consiste à se concentrer sur une histoire humaine touchante, censée illustrer la totalité du conflit. Quand vous essayez d'expliquer à vos auditeurs la vraie complexité du conflit au moyen de statistiques et de données précises, vous les perdez en revanche, un récit personnel sur le destin d'un enfant active les conduits lacrymaux, fait bouillir le sang et engendre une fausse certitude morale.
La troisième méthode pour aborder les dilemmes moraux à grande échelle consiste à tisser des théories du complot. Comment fonctionne l'économie globale ? Est-elle bonne ou mauvaise ? Tout cela est bien trop compliqué à saisir. Il est bien plus facile d'imaginer que vingt multimilliardaires tirent les ficelles en coulisses, contrôlent les médias et fomentent des guerres à seule fin de s'enrichir.
Ces méthodes cherchent toutes trois à nier la complexité du monde. La quatrième et dernière consiste à créer un dogme, à placer notre confiance dans une théorie, une institution ou un chef censés tout savoir et à les suivre, où qu'ils nous conduisent.
Post-vérité :
Notre responsabilité à tous est de consacrer du temps et des efforts à débusquer nos partis pris et à vérifier nos sources d'information. Or, nous ne saurions tout étudier par nous-mêmes. De ce fait, précisément, nous devons au moins examiner attentivement nos sources d'information préférées: journal, site Web, réseau de télévision ou personne. Dans le chapitre 20, nous explorerons plus à fond comment éviter le décervelage et distinguer la réalité de la fiction. J'avancerai ici deux règles empiriques simples.
Premièrement, si vous voulez une information fiable, payez-la. Si vous tenez à la gratuité, vous pourriez bien en devenir le produit. Imaginez qu'un milliardaire louche vous propose ce marché: "Je vais vous verser 30 euros par mois et, en échange, vous me laissez vous laver le cerveau une heure chaque jour, vous bourrer le crâne de tous les partis pris politiques et commerciaux de mon choix." Accepteriez-vous le marché ? Peu d'esprits sains le feraient. Le milliardaire véreux offre alors un marché légèrement différent: "Vous me laissez vous laver le cerveau une heure par jour et, en échange de ce service, je ne vous demanderai rien." Et voici que, soudain, des centaines de millions de gens trouvent la proposition alléchante. Ne suivez pas leur exemple.
Deuxièmement, si un problème vous semble être d'une importance exceptionnelle, faites l'effort de lire les publications scientifiques concernées. J'entends par là les revues pratiquant l'évaluation par les pairs, les livres publiés par des éditeurs universitaires renommés et les écrits de professeurs appartenant à des institutions réputées. La science a évidemment ses limites; il lui est arrivé souvent de se tromper. La communauté scientifique n'en est pas moins depuis des siècles notre source de connaissance la plus fiable. Si vous pensez que la communauté scientifique se trompe sur un point, c'est certainement possible, mais connaissez au moins les théories scientifiques que vous rejetez et offrez des preuves empiriques à l'appui de vos allégations.
Science-fiction :
Disney a construit son empire en ressassant sans fin un seul et même mythe. Innombrables sont les films où les héros affrontent des difficultés et des dangers, mais finissent par triompher en trouvant leur moi authentique et en choisissant librement. Vice-versa fait voler ce mythe en éclats. Adoptant la plus récente vision neurobiologique des humains, il entraîne les spectateurs dans un voyage à l'intérieur du cerveau de Riley à seule fin de découvrir qu'elle n'a pas de moi authentique et qu'elle ne fait jamais aucun choix libre. En vérité, Riley est un immense robot dirigé par toute une série de mécanismes biochimiques contradictoires que le film représente sous la forme de mignons petits personnages animés : Joie, jaune et allègre ; Tristesse, bleue et morose ; Colère, rouge et irascible, etc. En manipulant une série de boutons et de manettes au Quartier Général, en suivant les faits et gestes de Riley sur un immense écran de télévision, ces personnages contrôlent ses humeurs, ses décisions et ses actions.
Éducation :
Tel est le meilleur conseil que je puisse donner à un enfant de quinze ans qu'on a fourré dans une école d'un autre âge au Mexique, en Inde ou en Alabama : ne t'en remets pas trop aux adultes. La plupart ont plein de bonnes intentions, mais ils ne comprennent rien au monde. Autrefois, suivre les adultes était un pari relativement sûr parce qu'ils connaissaient très bien le monde et que celui-ci changeait lentement. Mais le XXIe siècle promet d'être différent. Avec l'accélération du changement, on ne sait jamais vraiment si ce que disent les adultes relève de la sagesse intemporelle ou trahit un parti pris d'un autre âge.
Dès maintenant, les algorithmes vous surveillent. Ils observent vos déplacements, vos achats, vos rencontres. Bientôt, ils surveilleront vos pas, votre respiration, les battements de votre cœur. Ils s'en remettent aux Big Data et à l'apprentissage automatique pour vous connaître de mieux en mieux. Et du jour où ces algorithmes vous connaîtront mieux que vous ne vous connaissez vous-même, ils pourront vous contrôler et vous manipuler sans que vous n'y puissiez grand-chose. Vous vivrez dans la matrice ou dans le Truman Show. Somme toute, c'est une simple question empirique : si les algorithmes comprennent ce qui se passe en vous réellement mieux que vous ne le comprenez, c'est à eux que reviendra l'autorité.
Bien entendu, vous pourriez être heureux de céder toute l'autorité aux algorithmes et de les laisser décider pour vous et le reste du monde. En ce cas, détendez-vous, et bon voyage! Vous n'avez rien à faire. Les algorithmes s'occuperont de tout. Si, toutefois, vous voulez garder un certain contrôle sur votre existence personnelle et l'avenir de la vie, vous devez courir plus vite que les algorithmes, plus vite qu'Amazon et l'État, et apprendre à vous connaître avant eux. Pour courir vite, ne prenez pas trop de bagages. Abandonnez toutes vos illusions. Elles sont trop lourdes.
Sens :
En soi, l'univers n'est qu'un fatras d'atomes vide de sens. Rien n'est beau, sacré ou sexy : ce sont les sentiments humains qui le rendent tel. C'est la sensibilité humaine seule qui rend une pomme rouge alléchante et une crotte répugnante. Retirez cette sensibilité : il ne reste qu'un amas de molécules.
Nous espérons trouver du sens en nous insérant dans un récit tout fait sur l'univers. Selon l'interprétation libérale du monde, cependant, la vérité est exactement à l'opposé. L'univers ne me donne aucun sens. C'est moi qui donne sens à l'univers. Telle est ma vocation cosmique. Je n'ai ni destinée fixe ni dharma. Si je me trouve dans les souliers de Simba ou d'Arjuna, je peux choisir de combattre pour la couronne d'un royaume, mais rien ne m'y oblige. Je peux tout aussi bien rejoindre un cirque ambulant, aller à Broadway chanter dans une comédie musicale ou lancer ma start-up dans la Silicon Valley. Je suis libre de créer mon dharma.
Telles sont les trois réalités élémentaires de l'univers, enseignait le Bouddha : tout change constamment, rien n'a d'essence durable et rien n'est complètement satisfaisant. Vous pouvez explorer les confins de la galaxie, de votre corps ou de votre esprit : jamais vous ne rencontrerez quelque chose qui ne change pas, qui ait une essence éternelle et qui vous satisfasse pleinement.
Selon le Bouddha, la vie n'a pas de sens, et il n'est pas nécessaire d'en créer un. Il suffit de se rendre compte qu'il n'y a pas de sens pour être ainsi libéré de la souffrance que causent nos attachements et notre identification avec des phénomènes vides. À qui lui demande: "Que dois-je faire ?", le Bouddha conseille : "Ne fais rien. Absolument rien." Tout le problème est que nous sommes constamment affairés. Pas nécessairement au niveau physique : nous pouvons rester assis des heures durant, immobiles, les yeux clos. Au niveau mental, cependant, nous sommes très occupés à créer des récits et des identités, à livrer des batailles et à remporter des victoires. Ne rien faire réellement signifie que l'esprit non plus ne fait rien ni ne crée rien.
Dès lors que vous renoncez à toutes les fictions, vous pouvez observer la réalité bien plus clairement ; et si vous savez réellement la vérité sur vous et sur le monde, rien ne peut vous rendre malheureux. Bien entendu, c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire.
Nous autres, humains, avons conquis le monde grâce à notre capacité à créer des fictions et à y croire. Nous sommes donc particulièrement peu doués pour faire la différence entre fiction et réa- lité. L'oubli de cette différence était donc pour nous une affaire de survie. Si vous tenez néanmoins à connaître la différence, il faut partir de la souffrance. Rien au monde n'est en effet plus réel que la souffrance.
Quand vous êtes confronté à une grande histoire et que vous voulez savoir si elle est réelle ou imaginaire, une des questions essentielles à poser est de savoir si le héros principal peut souffrir.
Si vous voulez connaître la vérité sur l'univers, le sens de la vie et votre identité, mieux vaut commencer par observer la souffrance et explorer ce qu'elle est. La réponse n'est pas un récit.

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